Le bilinguisme influence-t-il les capacités et le fonctionnement de la mémoire ?
9 place de l’Université, Strasbourg
Une conférence pour aborder les liens entre mémoire et langage, deux fonctions essentielles de la cognition humaine sous l’angle particulier du bi/multilinguisme : de quelle manière dont le bi/multilinguisme peut-il influencer le développement et fonctionnement de la mémoire ?
Le fait d’être bilingue confère-t-il un avantage dans certaines capacités de mémorisation chez l’enfant et l’adulte, et pourrait-il même constituer un facteur de protection contre le déclin cognitif ?
Si oui, comment expliquer ces phénomènes ?
Par Eva COMMISSAIRE, maîtresse de conférences en psychologie, Laboratoire de Psychologie des Cognitions, Université de Strasbourg
Un événement en partenariat avec l’Observatoire B2V des Mémoires dans le cadre de la Semaine de la Mémoire.
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Le bilinguisme influence-t-il les capacités et le fonctionnement de la mémoire ? | Eva Commissaire
Les liens entre mémoire et langage, deux fonctions essentielles de la cognition humaine, seront abordés sous l'angle particulier du bi/multilinguisme. Cette conférence vise en particulier à exp...
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Introduction
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Présentation de l’intervenante : Eva Commissaire, maître de conférences HDR en psychologie cognitive, Université de Strasbourg
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Objectif : explorer les liens entre bilinguisme et mémoire
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Cadre : Semaine de la mémoire, partenariat avec l’Observatoire B2V
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1. Définir le bilinguisme
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Concept complexe et multidimensionnel
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Différents critères : âge d’acquisition (précoce/tardif), contexte (famille, migration, école), fréquence et contexte d’usage, alternance codique (code-switching), niveau de compétence
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Multiplicité des profils de bilingues → impacts cognitifs variables
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2. Histoire des recherches
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Premières études (années 1930–50) : effets négatifs supposés (faiblesse méthodologique)
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Depuis les années 1990 : regain d’intérêt, mise en évidence d’avantages cognitifs
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3. Mémoire de travail et bilinguisme
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Définition : stockage/manipulation temporaire d’informations (calcul mental, compréhension en lecture, échecs)
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Résultats :
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Métaanalyses (141 études) → effet positif mais faible
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Effet présent à tous les âges (enfants, adultes, personnes âgées)
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Avantage accru en cas de multilinguisme (plus de deux langues)
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Explication : entraînement des fonctions exécutives (inhibition, flexibilité cognitive, contrôle attentionnel) via le contrôle des langues
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4. Mémoire épisodique et bilinguisme
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Définition : souvenirs personnels et événements vécus
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Études limitées, résultats variables
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Quelques données positives :
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Bilinguisme comme facteur protecteur contre le déclin cognitif (retard des symptômes Alzheimer)
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Avantage multilingue (3 langues et plus) par rapport au bilingue
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5. Apprentissage de nouvelles langues
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Avantage net chez les bilingues : apprentissage plus rapide et durable de mots dans une langue supplémentaire
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Études locales (Alsace) : élèves bilingues plus performants en anglais que monolingues
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6. Particularités selon les langues utilisées
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Relativité linguistique : caractéristiques des langues influencent perception et mémoire (ex. couleurs en grec, temps verbaux anglais/indonésien)
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Langue dominante vs langue non dominante : rappel plus difficile en langue seconde
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Effet du changement de langue entre apprentissage et rappel → baisse de performances, plus de faux souvenirs
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7. Mémoire autobiographique et émotions
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Langue utilisée influe sur le type de souvenirs rappelés (ex. russophones en anglais vs russe)
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Distance émotionnelle plus grande en langue seconde : souvenirs sensibles plus faciles à évoquer
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Implications pour la psychologie clinique et la prise en charge des patients bilingues
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8. Questions du public
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Lien syntaxe/langue et mémoire de travail (allemand, chinois, etc.)
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Enfants de couples binationaux
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Code-switching et cognition
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Impact de la musique/solfège
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Créativité et bilinguisme
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Dyslexie et bilinguisme
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Cas d’aphasie et récupération des langues après AVC
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Facteur protecteur face à Alzheimer
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Espéranto
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Conclusion
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Bilinguisme : effets positifs modestes mais réels sur la mémoire de travail et possiblement la mémoire épisodique
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Influence variable selon profils, contexte d’usage et nombre de langues
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Perspectives : mieux caractériser les profils bilingues et les contextes pour comprendre les mécanismes
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La conférence d’Eva Commissaire explore l’impact du bilinguisme sur la mémoire.
Le bilinguisme est une réalité multiple, dépendante de l’âge, du contexte d’acquisition, de la fréquence d’usage et du niveau de compétence.
Les premières recherches du XXᵉ siècle, méthodologiquement faibles, attribuaient des désavantages au bilinguisme.
Les travaux récents montrent au contraire des avantages cognitifs.
La mémoire de travail est la plus étudiée : les bilingues présentent globalement de meilleures performances que les monolingues, bien que l’effet reste modeste.
Le multilinguisme (plus de deux langues) accroît encore cet avantage. L’explication avancée est l’entraînement continu des fonctions exécutives (inhibition, flexibilité, contrôle attentionnel) requis pour gérer plusieurs langues.
Concernant la mémoire épisodique (souvenirs personnels et événements), les études sont moins nombreuses mais certaines mettent en évidence un rôle protecteur du bilinguisme contre le déclin cognitif, notamment dans la maladie d’Alzheimer.
Le nombre de langues maîtrisées semble jouer un rôle important.
Les bilingues apprennent aussi plus efficacement de nouvelles langues.
Par ailleurs, la langue utilisée influence la mémoire : rappel plus performant dans la langue d’apprentissage, plus de faux souvenirs lors de changements de langue, souvenirs autobiographiques différents selon la langue employée, avec une charge émotionnelle plus forte en langue maternelle.
La discussion a abordé d’autres aspects (musique, créativité, dyslexie, aphasie).
La conclusion souligne que les effets positifs existent mais varient fortement selon les profils de bilingues et les contextes d’usage, appelant à des recherches plus fines et interdisciplinaires.